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Misophonie : quand la haine des sons des autres va trop loin

Crises de panique et excès de violence sont le lot quotidien de ceux qui souffrent de misophonie, littéralement la haine des sons. Cette maladie du bruit fait vivre un enfer aux personnes qui en sont touchées.

 

 

Un collègue qui clique à tout-va son stylo, un mangeur de pop-corn indélicat au cinéma, les reniflements répétés d’un conjoint ou un ami qui tape sans cesse du pied sous sa table… Ce sont des bruits qui nous ont tous déjà agacés. Mais pour certains, ils s’apparentent à une véritable torture. Ce trouble neurologique qu’est la misophonie se caractérise par une intolérance sévère aux bruits parasites comme les ronflements ou les clics d’une souris. Il peut, entre autres, en résulter un profond malaise, des crises d’angoisse ou des pulsions d’agressivité.

 

« Le bruit qu’il faisait me rendait folle »

 

Sarah, 22 ans, subit ce trouble neurologique et se confie au quotidien L’Express: « Mon esprit se fixe sur le bruit, je l’entends puissance mille, il résonne dans ma tête parfois jusqu’à me causer des migraines. » C’est à l’adolescence que cette étudiante en communication a réalisé qu’elle souffrait de misophonie: « À l’époque, je ne pouvais pas mettre de mot sur ma souffrance. Les gens autour de moi pensaient que j’exagérais, que je voulais attirer l’attention. » Mais force est de constater que Sarah se met à transpirer, trembler ou se mettre à pleurer de rage lors de ses « crises », son entourage ne peut que rapidement comprendre le sérieux de la situation.

 

« Je sais bien que cela peut prêter à sourire, mais ça n’a rien de drôle. La sensation est telle qu’on en arrive à avoir des envies de meurtres. Je me souviens très clairement à 15 ans avoir eu envie de planter ma fourchette dans l’œil de mon frère alors qu’il mangeait des tranches d’ananas. Le bruit qu’il faisait avec sa bouche en aspirant le jus me rendait littéralement folle. J’avais quitté la table précipitamment, n’y tenant plus », avoue-t-elle, embarrassée.

 

Une hyperactivité cérébrale

 

Récemment, les chercheurs de l’université de Newcastle en Angleterre ont mené une étude qui révèle chez les misophones une présence supérieure à la moyenne de myéline dans le lobe frontal du cerveau. La myéline, c’est la matière qui entoure les neurones et permet les connexions entre eux. Chez les individus atteints de misophonie, les transmissions de message entre les neurones sont optimisées. Cela qui explique, d’après les résultats de l’étude publiée dans la revue scientifique Current Biology, qu’ils perçoivent les bruits parasites avec une précision et une intensité accrue.

 

Les tests ont malheureusement été révélateurs d’autres surprises de taille : la zone du cerveau dédiée à l’attention et à la concentration présenterait une hyperactivité lorsque les misophones entendent ces sons parasites. Et ces derniers ce focaliseraient donc dessus, bien incapables d’en faire abstraction.

 

« Une malédiction auditive »

 

Si beaucoup de personnes comme Sarah se disent particulièrement sensibles aux bruits corporels comme ceux de déglutition ou de mastication, pour d’autres ce sont les bruits de couverts, les sifflotements ou le goutte-à-goutte d’un robinet mal fermé qui vont poser problème. Autant de sons anodins qui ne dérangent pas la plupart d’entre nous mais auxquels les misophones se voient confrontés au quotidien. De nombreux malades s’échangent leurs trucs et astuces sur les sites spécialisés pour tenter de lutter contre ce que Sarah nomme sa « malédiction auditive ».

 

 

Au quotidien, il y a ceux qui forment un bouclier sonore en camouflant les bruits grâce à des bouchons d’oreille ou à des écouteurs qui crachent de la musique à fond. D’autres expliquent, avec diplomatie, leur pathologie aux personnes qui les entourent, quand certains en viennent même à créer leur propre bruit pour tenter se distraire. En dernier recours : la fuite. C’est une bien triste méthode qui peut influer sur la vie sociale, conduisant beaucoup de misophones à l’isolement comme Sarah qui, depuis l’incident avec son frère, avoue manger seule.

 

Pour le docteur Sukhbinder Kumar, l’un des responsables de l’étude, ce sont toutes des solutions inacceptables. Selon lui : «Les patients atteints de misophonie ont des parcours cliniques très similaires, et pourtant, le syndrome n’est toujours pas reconnu », se désole-t-il. «Les changements neurologiques démontrés dans cette étude sont des preuves que cette maladie est un véritable trouble neurologique, ce qui devrait convaincre la communauté médicale sceptique. » Il espère donc en définitive une mise au point d’un traitement pour venir en aide à ces malades du quotidien encore un peu laissés de côté par le monde médical.

 

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